Pierre Lambert (homme politique)

Pierre Lambert en 1988 à Montpellier.

Pierre Boussel, plus connu sous son pseudonyme de Pierre Lambert ou tout simplement Lambert, né le à Montreuil et mort à Paris le , est à partir de 1953 (année de la scission de la IVe Internationale fondée quinze ans plus tôt sous l’égide de Léon Trotsky) l’un des principaux dirigeants du mouvement trotskiste international. Ses partisans sont surnommés les « lambertistes ».

Pierre Boussel naît dans une famille d’émigrants juifs russes. Son père, Isser Boussel, est tailleur et sa mère, Sorka Grinberg, est femme au foyer ; il est contrôleur des allocations familiales jusqu’à sa retraite, en 1980.

En 1934, il adhère aux Jeunesses communistes, dont il est exclu pour avoir posé des questions sur le pacte Laval-Staline, à la suite duquel le Parti communiste rompt avec sa tradition antimilitariste. En conséquence, il rejoint en 1936 l’Entente des jeunes socialistes de la Seine, à l’âge de seize ans, alors dominée par la tendance de Marceau Pivert, la Gauche révolutionnaire. Lorsque l’organisation de jeunesse est exclue de la SFIO, il participe à la fondation des Jeunesses socialistes révolutionnaires avec Fred Zeller et Yvan Craipeau.

En 1937, il fait ses premiers pas dans le mouvement syndical en adhérant à la Confédération générale du travail. Le mouvement pivertiste comprend alors une minorité de militants trotskistes qui font de l’« entrisme », dont Pierre Frank, qui amènent Pierre Boussel à rejoindre le trotskisme. Il prend donc sa carte au Parti communiste internationaliste de Raymond Molinier.

Il fait des études d’histoire tout en travaillant comme postier « auxiliaire ».

En 1939, le gouvernement dissout les deux principales organisations trotskistes, le Parti ouvrier internationaliste (POI) de Pierre Naville et le PCI de Raymond Molinier. Pierre Boussel milite alors dans la clandestinité au sein du Comité International pour la construction de la IVe Internationale

Avec Roger Foirier, l’animateur des Auberges de jeunesse et Jacques Privas, il essaie de relancer le PCI avec Henri Molinier, le frère de Raymond, qui effectue quelques arnaques afin d’obtenir des fonds. Pendant la drôle de guerre, ils diffusent des tracts aux soldats, dans les gares, appelant au « défaitisme révolutionnaire ».

Le 13 ou , Pierre Boussel est arrêté avec neuf militants trotskistes, accusés d’être en « infraction au décret du 1er septembre 1939 sur la publication de textes de nature à nuire au moral de l’armée et de la population ». Le rapport de police se termine ainsi « […] se réclame ouvertement du marxisme-léninisme intégral, du défaitisme révolutionnaire et de l’antimilitarisme ». Condamné à une peine d’emprisonnement de huit mois à trois ans (selon les sources) pour atteinte à la sûreté de l’État, il s’évade en juin 1940, pendant un transfert. Certains trotskistes, dont Barta et les pablistes, l’accuseront par la suite de s’être renié en captivité et d’avoir donné des noms.

En 1940-1941, il est membre du Parti communiste internationaliste d’Henri Molinier. Celui-ci prône et pratique l’entrisme au Rassemblement national populaire de Marcel Déat (prenant même la parole lors d’un congrès du RNP) jusqu’en 1941, année durant laquelle il renonce à son orientation et rejoint la résistance au sein de laquelle Molinier meurt en août 1944, tué dans les combats pour la libération. Pierre Boussel-Lambert dénonce à plusieurs reprises l’orientation « Testu » (pseudonyme de Molinier) dans les bulletins intérieurs Comité communiste internationaliste, organisation à laquelle appartiennent les deux hommes, et ne pratique à aucun moment l’entrisme dans des organisations fascistes comme le RNP.

Sous l’Occupation, Pierre Lambert est exclu avec sa compagne. Il rejoint alors en décembre 1943 un autre groupe trotskiste : le Parti ouvrier internationaliste (POI) qui développe l’idée du défaitisme révolutionnaire. Ils s’opposent notamment aux mots d’ordre du Parti communiste français lors des combats de la Libération, « À chacun son boche », et y oppose l’orientation de la fraternisation des travailleurs français avec les soldats allemands et alliés : « Derrière chaque soldat allemand se cache un travailleur. » Durant l’Occupation, il participe également à la reconstruction des syndicats dans le cadre de la CGT clandestine.

En 1944, il participe à la fusion des deux groupes trotskistes, qui débouche sur la proclamation du Parti communiste internationaliste (PCI), section française de la IVe Internationale, dont il est membre du comité central. L’année suivante, il devient responsable de la commission ouvrière du PCI.

Lors de la scission de la CGT en 1947, Lambert choisit de rester dans ce syndicat plutôt que de rejoindre Force ouvrière. Mais en 1950, il organise une délégation de syndicalistes en Yougoslavie pour évaluer le régime de Tito, alors qualifiée de fasciste par Staline. Cela lui vaut d’être exclu de la CGT comme « hitléro-trotskiste » : c’est le nom que le Parti communiste français applique aux trotskistes en général.

Après la guerre, la majorité du PCI dirigée par Marcel Bleibtreu, Michel Lequenne et Pierre Lambert refuse, en 1953, les thèses du secrétaire de la IVe internationale, Michel Pablo.

Dans le PCI, Lambert était connu comme un spécialiste des affaires syndicales et prenait rarement position sur les questions internationales. Quand Michel Pablo, le secrétaire de la Quatrième Internationale, souleva la question de l’entrisme « sui generis » dans le Parti communiste français, il ne prit pas position jusqu’à ce que son champ d’opération syndical fut menacé. Alors, il soutint la direction du PCI autour de Marcel Bleibtreu. Le parti avait éclaté en deux groupes hostiles l’un envers l’autre sur la question de l’entrisme « sui generis », qui était associé à la perspective suggérée par Pablo d’une période nécessaire d’« États ouvriers dégénérés » qui pourrait durer des centaines d’années. Cette lutte contre le « pablisme » jouera par la suite un rôle essentiel dans la culture du courant lambertiste.

Peu après, Lambert se retourna contre Bleibtreu et Favre, qui furent exclus du PCI, malgré le rôle qu’ils avaient joué dans la lutte contre les thèses de Pablo. Pierre Lambert devient donc le principal dirigeant du groupe majoritaire et préside à la constitution du Comité international pour reconstruction de la IVe Internationale.

À partir de 1954, le groupe Lambert s’associe avec le Socialist Workers Party (Parti socialiste des travailleurs) américain pour former le Comité international de la Quatrième Internationale. Une décennie plus tard, celui-ci allait éclater lorsque, avec la marginalisation de Pablo dans sa propre organisation, le groupe américain rejoint le Secrétariat unifié de la Quatrième Internationale. En 1956, il participe à la fondation du Comité de liaison pour l’action et la démocratie ouvrière (CLADO), regroupement de militants ouvriers, démocrates et laïques.

En 1958 il fonde et publie le journal Informations ouvrières, qui porte pour sous-titre « Tribune libre de la lutte des classes ». Le titre aura un certain succès, puisqu’il existait toujours en 2015 en tant qu’organe du Parti ouvrier indépendant.

En 1961, il adhère à la CGT-Force ouvrière. Il sera plusieurs années durant l’un des responsables de la chambre syndicale CGT-FO de la Sécurité sociale de la région parisienne. À ce titre, il joue un rôle important dans le mouvement syndical au niveau national.

En 1965, alors que l’organisation s’est renforcée en France, il lance le slogan « passer du groupe à l’organisation », puis au parti, ce qui débouche sur la proclamation de l’Organisation communiste internationaliste (OCI) en 1965. À la suite du décret du 12 juin 1968 portant dissolution d’organismes et de groupements qui dissout, entre autres, l’OCI, Boussel dépose une requête devant le Conseil d’État, obtenant en juillet 1970 l’annulation du décret pour excès de pouvoir.

L’OCI reprendra le nom de ce qui deviendra le Parti communiste internationaliste (PCI) en 1982, le nom étant vacant depuis 1968.

Ayant pris en 1980 sa retraite de la Sécurité sociale, Lambert poursuit son travail d’organisation. Après un bref rapprochement avec le révolutionnaire argentin Nahuel Moreno, il rompt avec celui-ci en 1981.

À partir de 1983, il impulse une discussion sur la « ligne de la démocratie » et la « transition » vers la construction d’un parti et de l’Internationale qui aboutit en France, en 1985, à la constitution du Mouvement pour un parti des travailleurs (MPPT). L’activité politique de Pierre Lambert l’amène à faire exclure quantité de dirigeants très importants de son mouvement, tel Stéphane Just auquel son nom a été longtemps associé ; et aussi : François Chesnais, Omar Fernandez, François Peretie, René Revol, etc. Au nombre des exclus on relève Pierre Broué, militant et historien auteur de nombreux ouvrages et de la publication de nombreux textes de Trotsky, à qui il fut reproché d’avoir donné une conférence sur le marxisme devant une association animée par des royalistes.

Cette politique se traduit par la création du Parti des travailleurs en 1992. Les lambertistes, qui représenteraient environ la moitié des adhérents, y sont regroupés dans le Courant communiste internationaliste (CCI).

Cette ligne se traduit au niveau international par des « conférences mondiales ouvertes », puis en 1993, à la reproclamation de la IVe Internationale, dont il est le dirigeant. Celle-ci tiendra son IVe congrès en 1999, le cinquième en 2002 et le sixième en 2006.

Après avoir appelé à voter pour François Mitterrand dès le premier tour en 1981, Lambert est candidat à l’élection présidentielle de 1988, mais il n’obtient que 0,38 % des suffrages. Son Courant communiste internationaliste, trotskiste, devient ensuite la principale composante du Parti des travailleurs, dont le secrétaire national est Daniel Gluckstein.

Après son décès, le numéro 529 de La Raison, mensuel de la libre-pensée, lui consacre deux pages, dont une est signée par Marc Blondel.

Pierre Lambert a suscité une bibliographie assez abondante ces dernières années[Quand ?], notamment en raison de ses liens avec Lionel Jospin. Les avis exprimés sont souvent très tranchés, en raison de la sympathie ou de l’antipathie qu’il suscitait. Ses partisans insistent sur le rôle qu’il a joué dans la continuité de la IVe Internationale, tandis que ses détracteurs lui reprochent des manœuvres politiques et une personnalité autoritaire. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de biographie exhaustive de Pierre Lambert.